Quarante et un ans qui ont tout changé et laissé des cicatrices
La Tchécoslovaquie est passée sous domination communiste en février 1948 — le soi-disant Février victorieux, lors duquel le Parti communiste a organisé un coup d’État au sein d’un gouvernement de coalition. La période qui a suivi, jusqu’à la Révolution de velours de novembre 1989, fut 41 ans de parti unique, de surveillance, de censure, de collectivisation et de violence politique périodique.
Les traces physiques sont partout à Prague pour qui sait les voir. Certaines sont des absences monumentales — le socle vide du parc Letná où se dressait la plus grande statue de Staline du monde jusqu’en 1962. D’autres sont inscrites dans l’architecture — la grotesque Tour de télévision de Žižkov, construite dans les années 1980 en partie pour brouiller les signaux de Radio Free Europe. D’autres encore sont institutionnelles — le Musée du communisme, installé avec une ironie délibérée dans un bâtiment qui abrite aujourd’hui un McDonald’s et un casino. Et certaines sont encore en cours de traitement : fosses communes, réhabilitations, travaux d’archives en cours.
Cette balade ne traite pas la période communiste comme du divertissement. Elle la traite comme une histoire récente, complexe et fondatrice — le contexte qui explique pourquoi Prague est ce qu’elle est et pourquoi les Praguois ressentent ce qu’ils ressentent à l’égard de la politique.
La balade, étape par étape
Étape 1 : Le Musée du communisme
Na Příkopě 10, Nové Město | Métro : Náměstí Republiky ou Můstek (lignes A+B)
Commencez par le musée. Le Musée du communisme a ouvert en 2001, fondé par l’entrepreneur américain Glenn Spicker et l’historien tchèque Jan Kaplan. Son emplacement — au-dessus d’un McDonald’s et à côté d’un casino dans un palais baroque du XIXe siècle sur la principale rue commerciale de la ville — est soit sinistrement ironique soit parfaitement intentionnel, selon votre perspective.
L’exposition permanente couvre l’arc complet de la période communiste : le coup d’État de 1948, les procès staliniens des années 1950 (le procès Milada Horáková, au cours duquel elle fut exécutée), le Printemps de Prague de 1968 et l’invasion soviétique, le mouvement dissident Charte 77 et la Révolution de velours de 1989. L’exposition utilise des objets originaux, des photographies et des environnements reconstitués — une salle de classe de l’époque communiste, une salle d’interrogatoire — pour transmettre la vie quotidienne plutôt que simplement le récit politique. Entrée : 14 € (355 CZK). Compter 60–90 minutes.
Étape 2 : La place Venceslas — le site de 1969
Václavské náměstí, Nové Město | Métro : Muzeum (lignes A+C)
Marchez cinq minutes depuis le musée jusqu’à la place Venceslas. La place est l’épicentre de l’histoire politique tchèque moderne. Le 16 janvier 1969, l’étudiant Jan Palach s’est immolé par le feu ici pour protester contre l’occupation soviétique suite à l’invasion de 1968. Il est mort trois jours plus tard. Une plaque commémorative près de l’extrémité du Musée national de la place marque l’emplacement approximatif. Un autre étudiant, Jan Zajíc, a fait de même un mois plus tard.
La place fut aussi le site de la grande manifestation de novembre 1989 (traitée dans la balade Révolution de velours). Dans la Prague communiste, la fonction commerciale de la place Venceslas continuait — les grands magasins fonctionnaient, les tramways circulaient — mais les implications politiques de l’espace étaient en permanence chargées.
Compter 15–20 minutes.
Étape 3 : Národní třída (Národní 17) — le mémorial du 17 novembre
Národní 16, Nové Město | Métro : Národní třída (ligne B)
Marchez vers l’ouest jusqu’à la rue Národní. Dans le passage au n° 16, une rangée de mains en bronze jaillissant du mur marque l’endroit où la police anti-émeute a attaqué des manifestants étudiants le 17 novembre 1989 — l’événement qui a déclenché la Révolution de velours. Le mémorial est simple et physique : des membres en bronze coulé émergeant du mur de pierre, tendus vers l’extérieur comme pour en appeler aux passants. De nombreux Praguois y déposent des fleurs.
Compter 10 minutes.
Étape 4 : L’ancien siège de la Sécurité d’État (StB)
Bartolomějská 4, Staré Město | Métro : Národní třída (ligne B)
Deux rues au nord de Národní, le bâtiment au n° 4 de Bartolomějská est l’un des sites les plus importants et les moins visités de Prague. C’était le siège de la Státní bezpečnost (StB) — la police secrète tchécoslovaque — jusqu’en 1989. Il est devenu ensuite un commissariat de police, puis a brièvement abrité un hôtel (avec beaucoup de publicité : d’anciennes cellules d’interrogatoire comme chambres d’hôtes). Le bâtiment est à nouveau à usage administratif. Il n’y a pas d’accès public au musée, mais se tenir devant lui en connaissant sa fonction est un acte de confrontation historique.
Compter 10 minutes en extérieur.
Étape 5 : La Tour de télévision de Žižkov
Mahlerovy sady 1, Žižkov | Métro : Jiřího z Poděbrad (ligne A) + 15 min à pied, ou tramway 5/9/26
La Tour de télévision de Žižkov est le bâtiment le plus controversé du panorama de Prague. Construite entre 1985 et 1992, elle a été conçue par l’architecte Václav Aulický sous une forme que les critiques ont qualifiée de brutalement imposante — 216 mètres de pieds en béton armé soutenant une tour centrale, visible depuis n’importe quel endroit de la ville. Sa construction originelle était en partie motivée par le désir d’interférer avec les émissions de radio étrangères (Radio Free Europe était basée à Munich jusqu’en 1994).
L’artiste tchèque-allemand David Černý a ajouté dix sculptures géantes de bébés rampants sur les pieds de la tour en 2000 — des personnages avec des objectifs d’appareil photo à la place du visage, rampant vers le haut. Elles font désormais partie intégrante de l’identité de la tour. Une plateforme d’observation à 93 mètres dispose d’un restaurant et d’un café ; les vues sur Prague sont excellentes. Entrée : 13 € (330 CZK).
Compter 45 minutes incluant le transit.
Étape 6 : Le Mémorial de Vítkov
U Památníku, Žižkov | Métro : Florenc (lignes B+C) + 15 min à pied
Le Mémorial de Vítkov est une relique architecturale sinistre de la période communiste. Achevé en 1950 sur une colline au-dessus de Žižkov, il était prévu comme monument à la victoire hussite de 1420 à la bataille de la colline de Vítkov et devint, sous les communistes, un mausolée pour Klement Gottwald — le premier président communiste de Tchécoslovaquie, mort en 1953. Le corps embaumé de Gottwald y était exposé jusqu’en 1962, date à laquelle il commença à se décomposer et fut incinéré. Le bâtiment abrite aujourd’hui une exposition permanente sur l’histoire tchèque du XXe siècle. La statue équestre de Jan Žižka à l’entrée est l’une des plus grandes statues équestres en bronze du monde.
Compter 30 minutes.
Étape 7 : Le parc Letná — le socle vide
Letenská pláň, Holešovice | Tramway : Čechův most
La balade se termine au célèbre socle vide du parc Letná. Entre 1955 et 1962, le plus grand monument à Josef Staline du monde se dressait ici — 14 000 tonnes de granit, 30 mètres de haut, représentant Staline guidant une procession de travailleurs tchèques et soviétiques. Il fut dynamité en 1962 après que le programme de déstalinisation de Khrouchtchev l’eut rendu embarrassant. L’énorme socle en granit est resté — trop grand pour être enlevé — et se dresse vide, surplombant Prague.
David Černý y a installé un grand métronome rouge en 1991 — il bat encore, un commentaire post-communiste sur le temps. Le socle et le métronome sont devenus l’image emblématique de la relation de Prague avec son passé communiste : l’absence est le monument.
Compter 20 minutes. Profitez de la vue sur la ville depuis la terrasse du parc.
Pour aller plus loin
La visite du bunker nucléaire (sous le parc Parukářka à Žižkov, ou le bunker du centre-ville) est une expérience guidée de 2 heures dans un véritable abri nucléaire de l’époque de la Guerre froide, maintenu en état de fonctionnement. GYG en dispose d’une liste séparée ; elle est vivement recommandée comme complément à cette balade.
Informations pratiques
- Départ : Musée du communisme, Na Příkopě 10, métro : Náměstí Republiky (ligne B) ou Můstek (A+B)
- Arrivée : Socle du parc Letná, tramway de retour vers le centre : Čechův most (tramways 1, 8, 25, 26)
- Durée : 3–3 h 30 avec le musée, 2 heures sans
- Distance : environ 7 km incluant le détour de Žižkov
- Intérieur vs extérieur : le Musée du communisme et l’observation de la Tour de Žižkov sont intérieurs/payants ; le reste est extérieur
- Saison : toute l’année ; le socle et la terrasse du parc Letná sont particulièrement saisissants en automne (octobre–novembre)
- Accessibilité : la place Venceslas et Národní sont plates et entièrement accessibles ; Vítkov et Letná impliquent des montées (alternative : tramway/taxi vers chaque site)
Questions sur Prague à l’époque communiste
En quoi la vie quotidienne différait-elle sous le communisme en Tchécoslovaquie ?
Le logement était alloué par l’État, l’emploi était effectivement garanti (et obligatoire), l’entreprise privée était abolie, et les médias étaient contrôlés par l’État. La consommation des médias occidentaux — musique, cinéma, littérature — était restreinte et surveillée. Les voyages à l’étranger nécessitaient une autorisation officielle. La période staliniste des années 1950 incluait des procès-spectacles et des exécutions ; les années 1960 ont vu une libéralisation culturelle (le Printemps de Prague) ; la période de normalisation des années 1970-1980 est revenue à la répression après l’invasion soviétique de 1968.
Qu’était le Printemps de Prague de 1968 ?
Le Printemps de Prague fut une période de libéralisation politique sous le dirigeant du Parti communiste Alexander Dubček, commençant en janvier 1968. Le programme de Dubček d’un « socialisme à visage humain » incluait la liberté de la presse, la réhabilitation des prisonniers politiques et la décentralisation du pouvoir. Il prit fin le 21 août 1968 lorsque les forces du Pacte de Varsovie dirigées par l’URSS envahirent la Tchécoslovaquie. L’occupation dura jusqu’en 1991.
Qui était Jan Palach ?
Jan Palach était un étudiant tchèque de 20 ans qui s’est immolé par le feu sur la place Venceslas le 16 janvier 1969 pour protester contre la passivité de la société tchécoslovaque suite à l’invasion soviétique. Il est mort le 19 janvier. Il est devenu un symbole de résistance individuelle au totalitarisme ; ses funérailles ont attiré 150 000 personnes dans les rues de Prague. Un jour férié national marque sa mort.
Qu’est-il advenu du bâtiment du Musée du communisme sous le régime ?
Le palais au n° 10 de Na Příkopě était utilisé par les agences étatiques de l’ère communiste. La transformation post-1989 du bâtiment — un musée du communisme dans un palais qui partage désormais un immeuble avec un McDonald’s et un casino — est un résumé condensé du capitalisme post-communiste chaotique de Prague.
Peut-on visiter le bunker nucléaire ?
Oui, via des visites guidées (GYG dispose de listes pour la visite Communisme et bunker nucléaire). Le bunker sous le centre-ville et l’abri plus grand sous le parc Parukářka proposent tous deux des visites guidées. L’expérience est authentique — infrastructure de la Guerre froide maintenue — pas une reconstitution.


