L’anomalie architecturale la plus improbable du monde
| Où | Départ à Celetná 34 (Vieille Ville), détour par Vyšehrad, arrivée à Spálená 4 (Nouvelle Ville) |
| Coût | Gratuit pour marcher devant les façades ; Musée du cubisme tchèque environ 8 € / 200 CZK |
| Temps nécessaire | Environ 2–2,5 heures, plus avec le musée |
| Pour y aller | Métro Náměstí Republiky (ligne B) pour le départ ; tram 3, 7 ou 17 pour éviter la montée de Vyšehrad |
| Meilleur moment | Toute saison ; la lumière hivernale basse et celle du petit matin en été accentuent les ombres anguleuses |
Le Cubisme était un mouvement pictural. Picasso fragmentait la figure humaine ; Braque fracturait les compositions de natures mortes. Il n’était pas censé devenir de l’architecture. Les bâtiments sont des objets tridimensionnels dans l’espace réel — appliquer la logique cubiste des points de vue simultanés multiples à une façade risque de devenir purement absurde.
C’est pourtant arrivé en un seul endroit : Prague. Entre environ 1910 et 1925, un groupe d’architectes tchèques — Josef Gočár, Pavel Janák, Josef Chochol, Vlastislav Hofman — a pris les principes formels cubistes et les a appliqués à des bâtiments avec un sérieux rigoureux. Les surfaces diagonales créent des effets dramatiques de lumière et d’ombre. La géométrie angulaire génère une tension dans des façades autrement plates. Les résultats sont des bâtiments qui ne ressemblent à rien d’autre dans l’histoire de l’architecture — pas expressionnistes, pas constructivistes, pas baroques : cubistes. Véritablement.
Cette balade dure environ 2 heures et couvre 6 à 7 bâtiments entre la Vieille Ville, la Nouvelle Ville et Vyšehrad. L’extension de Vyšehrad nécessite un tramway ; la section Vieille Ville–Nouvelle Ville est praticable à pied en un circuit continu.
La balade, étape par étape
Étape 1 : La Maison de la Madone noire — Grand Café Orient
Celetná 34, Staré Město | Métro : Náměstí Republiky (ligne B)
Commencez ici : l’exemple fondateur et le rez-de-chaussée abrite le Grand Café Orient, le seul café cubiste au monde. Le bâtiment a été conçu par Josef Gočár en 1912. La façade est le point de départ de votre initiation visuelle au Cubisme tchèque : observez les encadrements de fenêtres, les pilastres, la ligne de corniche, la façon dont chaque élément est fragmenté en plans diagonaux plutôt qu’en courbes lisses de l’Art Nouveau voisin (la Porte Poudrière est visible au bout de la rue).
À l’intérieur, le Grand Café Orient a été restauré en 2005 selon ses spécifications d’origine — mobilier conçu par Gočár lui-même, luminaires et boiseries cubistes. Le mobilier n’est pas une reproduction ; les motifs proviennent des dessins originaux. Un café ici est aussi une visite au Musée d’art tchèque cubiste (le Musée des beaux-arts tchèques occupe les étages supérieurs avec une collection permanente de design cubiste, entrée 8 € / 200 CZK). Le musée est vivement recommandé pour le contexte avant la balade.
Compter 30–45 minutes.
Étape 2 : Approche de l’immeuble Diamant — Vodičkova 35
Vodičkova 35, Nové Město | Près de la place Venceslas
Marchez vers le sud depuis Celetná en direction de la place Venceslas. Sur Vodičkova, l’immeuble Diamant (1913, Matěj Blecha) montre le Cubisme en transition — la façade présente des éléments angulaires appliqués à ce qui est par ailleurs un immeuble commercial conventionnel de l’époque. Pas l’exemple le plus pur, mais une démonstration utile de la façon dont le style s’est répandu dans la construction courante.
Compter 5–10 minutes en chemin.
Étape 3 : Église du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur, Vinohrady
Náměstí Jiřího z Poděbrad, Vinohrady | Métro : Jiřího z Poděbrad (ligne A)
Un détour vers l’est à Vinohrady est récompensé par l’église de Josip Plečnik de 1932 — pas strictement cubiste, mais en dialogue direct avec ce mouvement, conçue avec une tour-horloge monumentale qui ressemble à une sculpture cubiste abstraite intégrée dans la façade. Plečnik était l’architecte slovène contemporain de Josef Gočár à l’École de Vienne. L’église est la plus grande de cette balade et la plus austère.
Compter 15 minutes.
Étape 4 : Immeubles d’appartements sur le Rašínovo nábřeží (Vyšehrad)
Rašínovo nábřeží 6-10, Nové Město | Tramway : Palackého náměstí
Continuez vers le sud le long des quais jusqu’au secteur de Vyšehrad. Josef Chochol a conçu trois immeubles d’appartements adjacents sur le Rašínovo nábřeží (n°s 6, 8 et 10) entre 1913 et 1914 — le groupe le plus concentré d’immeubles résidentiels cubistes au monde. La façade du n° 10 est la composition cubiste de manuel : chaque élément — encadrements de fenêtres, garde-corps de balcon, corniches, portail d’entrée — est repensé comme un système de plans angulaires. Depuis les quais de la Vltava, les bâtiments créent un profil angulaire dramatique contre les falaises de Vyšehrad au-dessus.
Compter 20 minutes.
Étape 5 : La Villa Kovařovic
Libušina 3, Vyšehrad | À distance de marche du Rašínovo nábřeží
Une courte montée dans le quartier résidentiel de Vyšehrad conduit à la Villa Kovařovic (1912, Josef Chochol) — la plus belle maison cubiste privée de Prague. Une villa unifamiliale sur un terrain d’angle, dont la clôture de jardin, le portail et tous les détails extérieurs sont aussi rigoureusement cubistes que le bâtiment lui-même. C’est une résidence privée ; vue depuis la rue uniquement.
Compter 10 minutes.
Étape 6 : La Maison triple — rue Neklanova
Neklanova 30/32/36, Vyšehrad
Deux rues plus bas que la villa, sur Neklanova, Chochol a conçu une rangée de trois immeubles d’appartements reliés (1913–1914) dont la façade unifiée est la composition cubiste de rue la plus dramatique qui existe. Positionnez-vous au coin de Neklanova et Vnislavova pour avoir la perspective complète : une façade continue de travées angulaires, de corniches en saillie et de surface fracturée qui capte le soleil de l’après-midi depuis la falaise de Vyšehrad.
Compter 10 minutes.
Étape 7 : La Maison Diamant (Dům diamant)
Spálená 4, Nové Město | Métro : Národní třída (ligne B)
Revenez en Nouvelle Ville pour terminer la balade à la Maison Diamant (1913, Matěj Blecha) — un immeuble commercial sur la rue Spálená dont les traitements de façade et le portail d’entrée illustrent le Rondocubisme, l’évolution finale de l’architecture cubiste tchèque. Le Rondocubisme (milieu des années 1920) adoucit légèrement les angles aigus, incorporant des éléments semi-circulaires dans le vocabulaire cubiste. C’était la réponse tchèque au mouvement Art déco français et le dernier souffle avant que le modernisme ne mette fin à toute l’expérience.
Compter 10 minutes.
Pour aller plus loin
Le Musée des beaux-arts tchèques à la Maison de la Madone noire (début de cette balade) dispose d’une collection permanente de mobilier, céramique et peinture cubistes tchèques qui fournit un contexte essentiel. Entrée 8 € (200 CZK). Compter 45–60 minutes.
Informations pratiques
- Départ : Grand Café Orient, Celetná 34, métro : Náměstí Republiky (ligne B)
- Arrivée : Maison Diamant, Spálená 4, métro : Národní třída (ligne B)
- Durée : 2–2 h 30 incluant le détour de Vyšehrad
- Distance : environ 5 km
- Intérieur vs extérieur : majoritairement extérieur ; le Grand Café Orient est intérieur (entrée libre en tant que café) ; le Musée des beaux-arts tchèques est payant
- Saison : excellente toute l’année ; les façades angulaires créent des motifs d’ombre dramatiques dans la faible lumière hivernale et la lumière matinale estivale
- Accessibilité : le parcours des quais est plat et accessible ; le détour de Vyšehrad implique une montée raide (rue Libušina) ; les tramways 3, 7 ou 17 évitent la montée
Questions sur l’architecture cubiste tchèque
Pourquoi le Cubisme n’a-t-il eu lieu qu’à Prague ?
Les architectes tchèques du début des années 1900 étudiaient à Vienne chez Otto Wagner et ses élèves tout en étant simultanément au courant du mouvement de peinture cubiste parisien. Josef Gočár et Pavel Janák ont développé un argument théorique selon lequel les formes tridimensionnelles en architecture pouvaient incarner les principes cubistes — le travail de plans multiples, la force angulaire, le mouvement impliqué. Les architectes de Vienne et de Berlin voyaient le Cubisme comme purement pictural ; les architectes de Prague y voyaient un principe structurel. Le mouvement a duré de 1910 à 1925 environ avant que le Modernisme ne l’absorbe.
Combien de bâtiments cubistes subsistent à Prague ?
Environ 30 à 40 bâtiments présentant des caractéristiques cubistes significatives subsistent à Prague, principalement dans la Vieille Ville, la Nouvelle Ville et Vyšehrad. Les principaux bâtiments de Chochol sur le Rašínovo nábřeží et la rue Neklanova sont tous intacts et en bon état.
Qu’est-ce que le Rondocubisme ?
Le Rondocubisme (aussi appelé Style national) est l’évolution tchèque d’après la Première Guerre mondiale du Cubisme, incorporant des éléments semi-circulaires (rond = rond en tchèque/français, terminologie hybride) et un traitement de surface plus décoratif. C’était un mouvement architectural nationaliste — les architectes tchèques voulaient un style distinctivement tchèque après l’indépendance en 1918. La Maison Diamant et la Legiobank sur Na Příkopě en sont des exemples majeurs.
Peut-on entrer dans les bâtiments cubistes ?
Le Grand Café Orient est un café fonctionnel (accès libre). Le Musée des beaux-arts tchèques est payant. Les immeubles d’appartements et la villa de Chochol sont des résidences privées — vue depuis la rue uniquement. L’immeuble Diamant accueille des locataires commerciaux au rez-de-chaussée.
Existe-t-il un musée cubiste à Prague ?
Le Musée des beaux-arts tchèques, installé dans la Maison de la Madone noire (Celetná 34), dispose d’une collection permanente consacrée à l’art, l’architecture et le design cubistes tchèques. C’est le seul musée au monde entièrement consacré au Cubisme appliqué aux objets et espaces tridimensionnels.
Le cubisme face aux autres balades architecturales de Prague
Prague cubiste est facile à confondre avec les autres styles emblématiques de la ville car les mêmes quartiers se chevauchent. Voici comment les étapes cubistes anguleuses se comparent aux deux balades avec lesquelles la plupart des gens l’associent :
| Balade | Période | Caractère | Idéale à associer avec |
|---|---|---|---|
| Prague cubiste (cette balade) | 1910–1925 | Plans anguleux, façades diagonales, unique à Prague | Balade Art nouveau — des formes courbes juste à côté |
| Balade Art nouveau | 1895–1912 | Lignes fluides, motifs floraux, décoration de l’époque Mucha | Prague cubiste, car les deux commencent près de Celetná |
| Prague gothique | 1230–1500 | Arcs brisés, voûtes nervurées, masse médiévale | Aucune — quartiers et rythme différents |
Si vous n’avez le temps que pour un seul thème architectural, le cubisme est le choix le plus original — le gothique et l’Art nouveau existent dans des dizaines de villes européennes, mais nulle part ailleurs on n’a construit de bâtiments cubistes.
La place du cubisme dans la ville au sens large
La moitié de la balade consacrée à Vyšehrad chevauche le quartier de Vyšehrad, qui vaut le détour si les bâtiments de Chochol vous captivent — les vues sur la Vltava depuis la forteresse ne sont qu’à une courte montée de la rue Neklanova.
La moitié consacrée à la Vieille Ville se trouve dans Staré Město, à cinq minutes à pied de la place de la Vieille Ville et de l’Horloge astronomique, il est donc facile de combiner cette balade avec le circuit touristique plus conventionnel plutôt que de la traiter comme une journée à part. Pour se déplacer entre les deux moitiés, le réseau de métro de Prague est plus rapide que de marcher les 5 km complets d’une traite si le temps est compté.
La balade cubiste convient-elle aux enfants ?
Elle fonctionne mieux pour les enfants plus âgés et les adolescents ayant un peu de patience pour l’architecture, car l’attrait est surtout visuel et historique plutôt qu’interactif. Les enfants plus jeunes tirent généralement plus de profit du secteur de la place de la Vieille Ville, où le spectacle de l’Horloge astronomique leur donne quelque chose à observer toutes les heures.
En quoi Prague cubiste se compare-t-elle à Prague gothique comme première balade ?
Elles couvrent des époques et des quartiers différents, donc ni l’une ni l’autre ne remplace l’autre. S’il fallait n’en choisir qu’une, les primo-visiteurs tirent généralement une récompense plus immédiate de Prague gothique — la cathédrale Saint-Guy et le pont Charles sont des incontournables quelle que soit la situation — et réservent la balade cubiste pour un deuxième ou troisième jour, une fois les sites incontournables de la ville déjà couverts.






